La réflexion sur l'euthanasie se focalise sur la réponse qu'il conviendrait d'apporter aux demandes de décès prématuré. Or la question centrale est le caractère véritablement libre et éclairé de ces demandes : au nom de quoi faudrait-il infliger la mort à quelqu'un qui peut se la donner par lui- même ? Le contexte social promeut désormais la mort réussie comme indicateur d'une vie exemplaire. Choisir la mort volontaire serait l'apanage d'une élite, à laquelle aspirerait à s'identifier une majorité désireuse de laisser derrière soi le souvenir d'une mort "avant-gardiste". Pourtant, de même que ce ne sont pas ceux qui ont le plus parlé du suicide ou posé publiquement la question de son opportunité qui l'ont mis en pratique, il en serait sans doute ainsi de l'euthanasie : au groupe leader sa promotion, aux plus humbles sa réalisation.
Une éventuelle légalisation de l'euthanasie frapperait prioritairement les plus pauvres et les plus vulnérables d'entre nous : bénéficiant d'une espérance de vie moins longue, d'un temps plus court d'existence sans incapacité, ils se verraient mécaniquement davantage exposés à l'euthanasie, comme une ultime injustice au terme d'une existence déjà frappée par l'inégalité. Loin d'être une conquête sociale, l'euthanasie est plutôt la résurgence sous une forme moderne d'une pratique ancestrale caractéristique des économies de subsistance, qui incitent au décès anticipé des moins productifs.


Couverture

Table des matières

Avant-propos

Introduction

Chapitre 1. Des désirs de mort véritablement libres ?

Chapitre 2. La mort magnifiée

Chapitre 3. Une ultime injustice

Chapitre 4. La mort, un phénomène social

Conclusion

Bibliographie